Les recommandations SMART de l’OMS expliquées : kits d’adaptation numérique, guides FHIR, couches L1 à L5, et leur intérêt pour le Sénégal et l’Afrique.
En bref
- Les recommandations SMART de l’OMS transforment des lignes directrices rédigées en texte en exigences documentées, en données codées et en guides d’implémentation FHIR que les logiciels peuvent suivre.
- L’OMS recense neuf kits d’adaptation numérique publiés entre 2021 et 2025, des soins prénatals et du VIH à la tuberculose et à la vaccination.
- Le contenu est indépendant de tout logiciel : chaque pays l’adapte à ses politiques et à ses outils, ce qui, selon l’OMS, réduit les coûts de développement et la dépendance à un fournisseur.
Awa est enceinte et se présente dans un centre de santé de Pikine pour sa première consultation prénatale. Depuis 2016, l’OMS recommande huit contacts pendant la grossesse au lieu de quatre, le premier au cours des 12 premières semaines. La sage-femme le sait. Reste à savoir si le logiciel posé sur son bureau le sait aussi, et s’il compte les visites d’Awa de la même façon que celui du district voisin.
Les recommandations SMART de l’OMS (SMART Guidelines, en anglais) sont la réponse de l’organisation à cette question. Cet article explique ce qu’elles sont, comment une recommandation écrite devient une règle qu’un ordinateur peut appliquer (les cinq couches, de L1 à L5), quels domaines de santé sont déjà couverts, et pourquoi cela compte pour les systèmes de santé du Sénégal et du continent.
Le problème : des recommandations écrites pour des humains
Les lignes directrices de l’OMS sont rédigées sous forme de texte, pour des soignants et des décideurs. Les développeurs ont besoin d’autre chose : des champs de données précis, des règles de décision, des formules d’indicateurs. Un article publié en 2022 par des auteurs de l’OMS dans Global Health: Science and Practice relève que les recommandations narratives « ne fournissent souvent pas assez de détails pour être converties en spécifications techniques » exploitables par les développeurs (traduction).
Chaque éditeur interprète donc la même recommandation à sa manière. L’article en énumère les conséquences : contresens, décisions impossibles à rattacher aux données probantes, recommandations perdues en route, et documentation souvent propriétaire, qui rend les programmes de santé dépendants d’un seul fournisseur.
Ce que sont les recommandations SMART
L’OMS a lancé sa première recommandation SMART, consacrée aux soins prénatals, le 18 février 2021. SMART renvoie à cinq mots anglais : Standards-based, Machine-readable, Adaptive, Requirements-based, Testable. Autrement dit, le contenu s’appuie sur des standards internationaux de données, un ordinateur peut le lire, chaque pays peut l’ajuster, il dit clairement ce que le logiciel doit faire, et on peut le vérifier.
« Les recommandations SMART sont une approche pionnière de la transformation numérique des systèmes de santé. » — Dr Soumya Swaminathan, scientifique en chef de l’OMS, communiqué de l’OMS (2021, traduction)
Deux choix de conception comptent pour les pays. Le contenu est indépendant de tout logiciel : il peut être intégré dans la plateforme qu’un pays a choisie. Et la page de l’OMS consacrée aux recommandations SMART présente la démarche comme un parcours possible « même si un pays n’est pas encore entièrement numérisé » (traduction).
Les cinq couches, de L1 à L5
Les recommandations SMART organisent le savoir en cinq couches, chacune rendant la précédente plus précise. Le kit de l’OMS consacré à la vaccination suit cette structure pour montrer ce qui existe à chaque niveau.
| Couche | De quoi s’agit-il | Exemple des soins prénatals |
|---|---|---|
| L1 Narrative | La recommandation publiée par l’OMS, écrite pour des humains | Huit contacts pendant la grossesse, le premier avant 12 semaines |
| L2 Opérationnelle | Un kit d’adaptation numérique : des exigences indépendantes de tout logiciel | Données à recueillir à chaque contact, règles de décision, indicateurs |
| L3 Lisible par une machine | Un guide d’implémentation FHIR, avec données codées et logique | Profils, listes de codes et règles qu’un système FHIR peut charger |
| L4 Exécutable | Le logiciel qui applique la logique | Une application de référence ou le système d’un pays |
| L5 Dynamique | Des systèmes affinés par les données et l’analyse | À venir : le kit vaccination l’indique comme non encore disponible |
L’essentiel du travail concret se fait aujourd’hui aux niveaux L2 et L3, objets des deux parties suivantes.
Les kits d’adaptation numérique : la recommandation devient cahier des charges
Le kit d’adaptation numérique (Digital Adaptation Kit, DAK) correspond à la couche L2. L’article de 2022 le décrit comme un mécanisme « opérationnel et indépendant de tout logiciel » (traduction) et en détaille les huit composantes : les recommandations elles-mêmes, des personas génériques (qui fait quoi), des scénarios d’usage, les processus et circuits de travail, les éléments de données essentiels, la logique d’aide à la décision, les indicateurs, et les exigences fonctionnelles et non fonctionnelles.
La page de l’OMS recense neuf kits publiés :
- soins prénatals (2021) et planification familiale (2021) ;
- VIH, deuxième édition (2024), tuberculose (2024), et santé de l’enfant de 0 à 59 mois dans les situations d’urgence humanitaire (2024) ;
- vaccination, surveillance des anomalies congénitales, soins postnatals, et autosurveillance de la tension artérielle pendant la grossesse (tous en 2025).
L’OMS indique que des recommandations SMART sur les infections sexuellement transmissibles, la santé communautaire et le paiement des campagnes sont en préparation. Les auteurs de l’article insistent : un kit est un document d’équipe, que responsables de programme, référents en information sanitaire, partenaires de mise en œuvre et développeurs doivent lire ensemble et adapter à la politique nationale.
Du kit au code : les guides d’implémentation FHIR
Au niveau L3, le kit devient un guide d’implémentation FHIR. FHIR est le standard international d’échange des données de santé (notre page FHIR, simplement l’explique), et un guide d’implémentation est un référentiel publié qui précise quelles données enregistrer, avec quels codes et sous quelle forme. Un système qui suit le guide enregistre les contacts d’Awa avec la même structure que tout autre système qui le suit.
Pour le lecteur technique
Le guide VIH a atteint la version 1.0.0 en juillet 2025, sur FHIR R4. Il définit des profils, des extensions et une terminologie ; ses ressources PlanDefinition (aide à la décision) et Measure (indicateurs) s’appuient sur CQL (Clinical Quality Language), qu’un moteur CQL peut exécuter sur des ressources FHIR. Le guide vaccination est développé en accès ouvert : sa version de travail en était à la 0.2.0 au 1er octobre 2026, avec la mention qu’il ne s’agit pas encore d’une publication officielle.
En juillet 2023, l’OMS et HL7 International ont signé un accord de collaboration pour favoriser l’adoption de standards ouverts d’interopérabilité. Ses objectifs comprennent des spécifications applicables partout et adaptables par chaque pays, l’usage des classifications de l’OMS (la famille qui inclut la CIM-11) dans la communauté FHIR, et des environnements de test.
Les plateformes nationales s’alignent aussi. Le DHIS2, système national d’information sanitaire au Sénégal et dans de nombreux pays africains, indique que son paramétrage peut être mis en correspondance avec des profils FHIR standard, ce qui assure une compatibilité avec les profils patients FHIR nationaux et les recommandations SMART de l’OMS (DHIS2). Notre article DHIS2 et FHIR approfondit ce point.
Pourquoi c’est important pour les systèmes de santé africains
Plusieurs pays africains ont déjà mis l’approche à l’épreuve :
- Le Rwanda et la Zambie ont aligné leurs directives nationales de soins prénatals sur les recommandations de l’OMS de 2016, puis adapté à chaque pays le module numérique de référence de l’OMS. Les tests ont permis de repérer et de corriger des dysfonctionnements, et des tableaux de bord ont été ajoutés pour le suivi au niveau des structures de santé (PLOS Digital Health, 2025).
- Le Cameroun a fait évoluer le système prénatal BornFyne à partir du kit sur les soins prénatals. Jusqu’à 40 % du dictionnaire de données du kit existait déjà dans la première version ; le travail a été piloté dans quatre districts, et certains éléments ont été reportés faute de moyens (Frontiers in Pharmacology, 2025).
- L’Éthiopie, la Namibie et le Ghana ont participé à une recherche de mise en œuvre menée par l’OMS sur l’intégration des kits dans les systèmes nationaux existants (OMS, 2022).
À retenir Une recommandation SMART ne dit pas à un pays quel logiciel acheter. Elle dit la même chose à tous les logiciels : quoi enregistrer, comment le coder et comment le compter.
Selon l’OMS, ces spécifications réduisent le coût du développement logiciel, aident à garantir que les éditeurs livrent un minimum de fonctionnalités et limitent la dépendance à un fournisseur. Pour un pays comme le Sénégal, où de nombreuses applications coexistent avec un DHIS2 national, une référence commune permet à deux systèmes de compter les visites d’Awa de la même manière, et à l’indicateur national de reposer sur des données comparables. Les codes qui rendent cela possible sont présentés dans notre article sur les codes de santé.
La démarche a ses limites. Dès le lancement, l’OMS a rappelé qu’elle dépend de la gouvernance et des moyens consacrés aux personnes et aux processus, pas seulement de la technologie, et l’équipe camerounaise a dû reporter une partie du kit. Une recommandation ne devient numérique que si quelqu’un finance l’adaptation, la formation et la maintenance.
Ce que fait Quralys
Le premier produit de Quralys est une suite de prise de rendez-vous et de gestion de cabinet pour les médecins du privé à Dakar, pas un outil d’aide à la décision clinique, et il n’applique aujourd’hui aucun kit de l’OMS. Ce qu’il partage avec les recommandations SMART, c’est le socle : chaque donnée est écrite sous forme de ressource FHIR R4 standard, la version sur laquelle reposent les guides VIH et vaccination de l’OMS, avec des codes internationaux comme la CIM-11 et LOINC.
Cela compte pour la suite. Si une clinique ou un programme national adopte un guide fondé sur les recommandations de l’OMS, des données déjà en FHIR et déjà codées demandent un alignement sur des profils, pas une reconstruction. La page vision explique comment Quralys envisage une couche FHIR commune, du Sénégal à la région.
Sources
- OMS : New guidelines on antenatal care for a positive pregnancy experience (2016)
- Global Health: Science and Practice : Transitioning to digital systems, the role of WHO’s digital adaptation kits (2022)
- OMS : From paper to digital pathway, WHO launches first SMART Guidelines (2021)
- OMS : SMART Guidelines
- OMS SMART : kit d’adaptation numérique pour la vaccination
- OMS SMART : guide d’implémentation VIH
- HL7 FHIR build : WHO Immunization Implementation Guide (version de travail)
- OMS : WHO and HL7 collaborate to support adoption of open interoperability standards (2023)
- DHIS2 : DHIS2 and FHIR
- PLOS Digital Health : Adapting the WHO ANC digital module for the NAMAI study (2025)
- Frontiers in Pharmacology : Integrating WHO’s digital adaptation kit for antenatal care into BornFyne-PNMS (2025)
- OMS : SMART Guidelines, digital adaptation kits, implementation research and technical support (2022)
Écrit par l’équipe Quralys
Quralys construit un écosystème de santé natif FHIR au Sénégal : un dossier que cliniques, pharmacies, laboratoires, assureurs et système national peuvent lire, avec l’accord du patient.
Le voir en pratique
Les médecins libéraux de Dakar peuvent rejoindre le pilote : réservation en ligne, consultations prépayées, ordonnances numériques et vidéo, gratuits pendant le pilote.