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Mobile money et santé au Sénégal : chiffres, frais et reçus

Mobile money et santé au Sénégal : derniers chiffres de la BCEAO, frais Wave et Orange Money, taxe de 2025, consultations prépayées, reçus et FHIR.

Équipe Quralys7 min de lectureRead in English
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En bref

  • Le Sénégal est le premier marché de monnaie électronique de l’UEMOA : 42,6 millions de comptes ouverts fin 2024, dont 14,6 millions actifs (BCEAO).
  • Payer sa consultation par Wave ou Orange Money transforme une promesse téléphonique en rendez-vous confirmé, à condition de fixer des règles claires pour les reçus, les remboursements, les frais et la taxe.
  • En FHIR, un ChargeItem enregistre ce qui est facturé pour une consultation et un PaymentNotice indique l’état d’un paiement : l’argent suit le même standard que le dossier médical.

Awa veut un rendez-vous de suivi avec le Dr Moussa Ndiaye, son cardiologue au Plateau. Aujourd’hui, cela veut souvent dire appeler le cabinet plusieurs fois, obtenir un créneau noté dans un agenda papier et venir le jour J avec des espèces, si possible avec la monnaie. Si elle ne peut pas venir, le créneau reste vide, et le cabinet ne s’en aperçoit souvent qu’une fois l’heure passée.

Pourtant, Awa règle déjà son électricité, ses courses et ses envois à la famille depuis son téléphone. Cet article présente les chiffres vérifiables les plus récents sur le mobile money au Sénégal, avec l’année de chacun, ce que change le paiement d’une consultation par téléphone, ce qu’il coûte en frais et en taxe en 2026, et comment ce paiement peut s’inscrire dans le dossier de santé grâce à des ressources standard.

Le mobile money au Sénégal : les chiffres les plus récents

Le mobile money, c’est de l’argent détenu sur un compte lié à un numéro de téléphone ; les régulateurs bancaires parlent de monnaie électronique. Dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), elle est supervisée par la banque centrale, la BCEAO, dont le rapport annuel sur les services financiers numériques 2024, publié en mars 2026, donne le détail par pays le plus récent.

Indicateur (Sénégal) Chiffre Période
Comptes de monnaie électronique ouverts 42,6 millions Fin 2024
Comptes actifs 14,6 millions (34,4 %) 2024
Nombre de transactions 2,87 milliards 2024
Part des transactions de l’UEMOA 24,1 % du volume, 30,2 % de la valeur 2024
Part de l’encours de monnaie électronique de l’UEMOA 29,7 % Fin 2025
Population résidente 18,1 millions Recensement 2023

Sources : BCEAO (chiffres 2024) ; Commission bancaire de l’UMOA, citée par Le Soleil (chiffre 2025) ; ANSD, 5e recensement général (population).

Deux constats ressortent. Le Sénégal compte bien plus de comptes que d’habitants, et un compte sur trois seulement était actif en 2024 : le nombre de comptes dit donc peu de chose du nombre de personnes qui paient réellement par téléphone. En revanche, le pays domine l’Union en activité, avec près d’un quart de toutes les transactions de monnaie électronique en 2024.

Le dernier rapport annuel de la Commission bancaire de l’UMOA, consacré à 2025, évalue l’encours de monnaie électronique (l’argent détenu dans les portefeuilles à une date donnée) à 1 923,2 milliards de FCFA dans l’Union fin 2025, en hausse de 35,2 % sur un an, le Sénégal en détenant la plus grande part (29,7 %). D’après des chiffres de la même source repris par Senego en août 2026, Wave détenait environ 80 % de la monnaie électronique au Sénégal (459 milliards de FCFA) et Orange Money environ 19 % (106 milliards de FCFA).

La tendance régionale va dans le même sens. La GSMA, l’association des opérateurs mobiles, indique dans son rapport 2026 sur l’état du secteur du mobile money que l’Afrique de l’Ouest a traité 498 milliards de dollars de transactions en 2025, soit 34 % de plus qu’en 2024, sur 517 millions de comptes enregistrés.

Pourquoi payer sa consultation par téléphone change la donne

Les espèces ont un coût caché pour un cabinet. Il faut les encaisser, rendre la monnaie, rédiger un reçu et faire la caisse le soir. Un paiement par mobile money laisse une transaction datée et traçable, avec une référence, ce qui constitue déjà la moitié d’un reçu.

Le vrai sujet, c’est le créneau vide. Une revue systématique de 105 articles, publiée dans la revue Health Policy en 2018, relève un taux moyen de rendez-vous non honorés d’environ 23 %, et les taux les plus élevés dans les études menées en Afrique (43,0 %). Chaque absence, c’est du temps médical qu’un autre patient en attente aurait pu utiliser.

Payer à la réservation change la nature du rendez-vous. Quand Awa règle en réservant, elle s’engage fermement, le cabinet sait à l’avance qui viendra, et une règle d’annulation claire permet de libérer le créneau pour quelqu’un d’autre. L’effet réel du prépaiement sur les absences dans les cabinets dakarois n’a pas été mesuré publiquement : c’est une hypothèse à tester avec de vrais médecins, pas une promesse.

À retenir Payer par téléphone n’est pas qu’une question de confort. Un rendez-vous prépayé est un rendez-vous confirmé, avec une référence de transaction qui peut devenir le reçu, l’écriture comptable et, si besoin, le remboursement.

Ce que coûte un paiement en 2026 : frais et taxe

Les frais ont baissé depuis 2021. Après l’arrivée de Wave et de son tarif unique de 1 % sur les transferts, Orange Money a baissé ses prix en juin 2021, puis, en novembre 2021, ramené ses frais de transfert à 0,8 % et rendu les retraits gratuits.

Pour un cabinet, ce qui compte, ce sont les frais marchands. La page Wave Business indique que les paiements sont gratuits pour les clients et que le marchand ne paie rien sur les premiers 20 000 FCFA reçus chaque jour, puis 1 % au-delà. À titre d’illustration, un cabinet qui reçoit dix paiements de 20 000 FCFA dans la journée paierait 1 % sur les 180 000 FCFA au-dessus du seuil, soit 1 800 FCFA. Les conditions varient d’un opérateur à l’autre : un cabinet doit vérifier la grille tarifaire marchande en vigueur chez chacun avant de se lancer.

La taxe est l’élément nouveau. La loi 2025-17 du 27 septembre 2025 instaure une taxe sur les transferts d’argent (TTA) de 0,5 % sur les transferts, paiements et retraits, plafonnée à 2 000 FCFA par opération ; les retraits ne sont taxés qu’au-delà de 20 000 FCFA sur 24 heures, et les dépôts d’espèces comme les versements de salaires en sont exonérés. Les opérateurs ont commencé à la prélever en décembre 2025, comme l’a rapporté Le Journal de l’Economie Sénégalaise. Le rapport 2026 de la GSMA souligne que ces nouvelles taxes ont créé une incertitude sur les coûts à venir : mieux vaut vérifier comment chaque opérateur l’applique aux paiements marchands.

Reçus, remboursements et rapprochement

La partie la moins visible d’un paiement, c’est ce qui se passe une fois l’argent parti. Un reçu utile mentionne le cabinet et le médecin, la date et l’heure du rendez-vous, le montant, l’opérateur et la référence de transaction. Envoyé sur le téléphone du patient, il remplace le reçu manuscrit qui finit par se perdre.

Les remboursements exigent des règles écrites avant tout paiement. Si le Dr Ndiaye annule, Awa doit être remboursée automatiquement ; si Awa annule tardivement, la politique du cabinet doit déjà figurer sur l’écran de réservation. Dans les deux cas, le remboursement doit renvoyer à la transaction d’origine, et non vivre dans un cahier à part.

C’est au rapprochement que des données reliées font gagner le plus de temps. Quand chaque paiement porte le rendez-vous auquel il correspond, confronter le relevé de l’opérateur aux consultations du jour devient une simple vérification, pas un après-midi d’enquête.

L’interopérabilité entre prestataires progresse aussi. Le 30 septembre 2025, la BCEAO a lancé la PI-SPI, une plateforme régionale de paiement instantané conçue pour permettre d’envoyer et de recevoir des fonds entre banques, institutions de microfinance et émetteurs de monnaie électronique.

Pour le lecteur technique : ChargeItem et PaymentNotice

FHIR, le standard international des données de santé présenté dans FHIR, simplement, comporte des ressources financières à côté des ressources cliniques. Elles permettent de relier un paiement aux soins qu’il règle, sous une forme que tout système autorisé sait lire.

  • ChargeItem (l’élément facturable) enregistre qu’un produit ou un service a été fourni à un patient, à des fins de facturation. Son champ context renvoie à l’Encounter (la consultation) et code identifie ce qui est facturé ; le prix provient d’un ChargeItemDefinition ou d’un priceOverride. La spécification précise qu’un ChargeItem n’est pas une transaction financière en soi, mais la donnée source qui permet d’en créer une. En FHIR R4, la ressource est encore en usage d’essai (niveau de maturité 0).
  • PaymentNotice (l’avis de paiement) indique l’état d’un paiement, avec un montant (amount), un destinataire (recipient) et une référence obligatoire à une PaymentReconciliation. Il sert typiquement entre payeurs et prestataires, par exemple pour signaler que le paiement d’une Claim (demande de remboursement) a été émis ou encaissé. Son élément identifier peut porter un identifiant métier, comme la référence de transaction de l’opérateur.

Pour un paiement direct du patient, c’est le ChargeItem qui fait l’essentiel : la consultation d’Awa produit un ChargeItem relié à l’Encounter, et la référence mobile money l’accompagne. Les mêmes ressources reviennent quand un assureur ou une mutuelle prend en charge une partie de la facture, un cas traité dans notre article sur les assureurs, les mutuelles et le remboursement avec FHIR.

Ce que fait Quralys

Quralys, une plateforme de santé construite nativement sur FHIR à Dakar, s’en tient à une règle : le patient ne paie jamais l’application, seulement sa consultation, par Wave, Orange Money ou carte via un agrégateur local. Les médecins paient un abonnement modeste pour leurs outils, avec une formule de départ gratuite.

Dans la première version, réservation et paiement ne forment qu’une étape, et le paiement écrit un ChargeItem à côté de l’Appointment (le rendez-vous) et de l’Encounter : l’argent et les soins partagent le même dossier. Quralys est en phase de prélancement ; savoir si le prépaiement réduit réellement les absences fait partie des questions auxquelles doit répondre le pilote prévu avec trois à cinq médecins libéraux de Dakar. La page médecins présente le modèle tarifaire et le pilote.

Sources

  1. BCEAO : Rapport annuel sur les services financiers numériques dans l’UEMOA, 2024 (publié en mars 2026)
  2. Le Soleil : UEMOA, le Sénégal en tête sur la microfinance et la monnaie électronique en 2025 (août 2026)
  3. Senego : Mobile money au Sénégal, Wave écrase la concurrence avec 80 % du marché (août 2026)
  4. ANSD : Principaux résultats du 5e Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-5, 2023)
  5. GSMA : The State of the Industry Report on Mobile Money 2026
  6. Health Policy : Dantas et al., No-shows in appointment scheduling, a systematic literature review (2018)
  7. Sikafinance : Sénégal, Orange Money fait passer ses frais à 0,8 % pour bousculer Wave (novembre 2021)
  8. Wave : Wave Business
  9. Le Journal de l’Economie Sénégalaise via AllAfrica : Taxe sur les transferts d’argent (décembre 2025)
  10. BCEAO : Lancement de la plateforme interopérable du système de paiement instantané (PI-SPI)
  11. HL7 FHIR R4 : ressource ChargeItem
  12. HL7 FHIR R4 : ressource PaymentNotice
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Écrit par l’équipe Quralys

Quralys construit un écosystème de santé natif FHIR au Sénégal : un dossier que cliniques, pharmacies, laboratoires, assureurs et système national peuvent lire, avec l’accord du patient.

Le voir en pratique

Les médecins libéraux de Dakar peuvent rejoindre le pilote : réservation en ligne, consultations prépayées, ordonnances numériques et vidéo, gratuits pendant le pilote.