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Téléconsultation à faible débit au Sénégal : vidéo, audio et SMS

Téléconsultation à faible débit au Sénégal : vidéo adaptative, repli en audio seul, SMS, ce que le dossier doit garder et quand voir le patient au cabinet.

Équipe Quralys7 min de lectureRead in English
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En bref

  • Une téléconsultation pensée pour les réseaux fragiles passe de la vidéo à l’audio seul, puis à l’appel ou au SMS, au lieu de simplement échouer.
  • Une consultation à distance exige la même note écrite qu’une visite au cabinet ; en FHIR, c’est un Encounter marqué comme virtuel.
  • La téléconsultation complète la prise en charge en personne : les urgences et les examens qui demandent les mains ou des instruments imposent toujours une visite.

Il est 18 h à Keur Massar. Awa, hypertendue, lance un appel vidéo avec son cardiologue, le Dr Moussa Ndiaye, installé au Plateau. Au moment où il lui demande ses derniers chiffres de tension, l’image se fige, le son hache, puis l’appel coupe. Elle tente le fixe du cabinet, mais la secrétaire est occupée avec les patients au comptoir.

Cet article explique ce qui se passe réellement pendant une consultation vidéo, comment un service bien conçu tient bon quand la connexion faiblit, ce que la consultation doit laisser dans le dossier médical et où la téléconsultation doit s’arrêter. Aucune connaissance informatique n’est nécessaire : les détails techniques sont regroupés dans une partie signalée.

Pourquoi la connexion décide si la consultation a lieu

Le Sénégal est bien équipé en téléphones. Le rapport Digital 2026 Senegal de DataReportal recense 23,3 millions de connexions mobiles fin 2025, soit 122 % de la population, dont 91,3 % en 3G, 4G ou 5G.

Mais une ligne capable de haut débit n’est pas forcément une bonne connexion. Le même rapport estime à 11,5 millions le nombre d’internautes en octobre 2025, soit 60,6 % de la population : environ quatre personnes sur dix restaient hors ligne. DataReportal précise d’ailleurs que ces connexions comprennent des lignes servant uniquement à la voix et aux SMS, et qu’elles ne mesurent pas l’usage d’internet.

Pour le patient, la question est plus terre à terre : la vidéo tiendra-t-elle dans mon quartier, à cette heure-ci, avec mon forfait ? L’Organisation mondiale de la santé (OMS) soulève le même point dans son guide de mise en œuvre de la télémédecine : elle recommande d’évaluer la connectivité locale avant de lancer un service et de prévoir plusieurs moyens de joindre le patient.

« La télémédecine exige souvent, pour rester accessible, une bande passante plus élevée que les autres interventions de santé numérique. »

— Organisation mondiale de la santé, Consolidated telemedicine implementation guide (2022), traduction libre

Le trajet d’une consultation vidéo : WebRTC et Jitsi, simplement

La plupart des appels vidéo passés dans un navigateur reposent aujourd’hui sur WebRTC (Web Real-Time Communication), une technologie intégrée aux navigateurs qui transporte le son et l’image en direct, sans plugin ni application à installer. Elle est devenue une recommandation officielle du W3C et un ensemble de normes de l’IETF en janvier 2021.

Jitsi est une famille de projets open source de visioconférence, publiés sous licence Apache 2.0, que toute organisation peut faire tourner sur ses propres serveurs. Ses deux briques principales sont Jitsi Meet, l’application qui s’exécute dans le navigateur, et Jitsi Videobridge, un serveur qui achemine les flux vidéo entre les participants.

Un détail pratique explique bien des appels ratés. Certains réseaux cachent les téléphones derrière une adresse partagée (une technique appelée NAT), ce qui empêche une connexion directe entre le médecin et le patient. Un serveur relais, dit serveur TURN, fait alors transiter le trafic : un service de téléconsultation sérieux doit en prévoir un.

Trois replis : vidéo adaptative, audio seul, puis téléphone ou SMS

Une téléconsultation pensée pour les réseaux fragiles n’a pas un seul mode. Elle enchaîne des replis, chacun plus léger que le précédent, pour que la consultation se dégrade par paliers au lieu de s’effondrer.

Ce que fait la connexion Ce que fait la consultation
4G ou Wi-Fi stable Vidéo normale, notes prises en parallèle
Instable Qualité vidéo réduite, priorité au son
Très faible Audio seul, vidéo coupée
Plus de données mobiles Appel téléphonique, ou SMS avec un lien ou un nouvel horaire

La vidéo adaptative

Le serveur vidéo de Jitsi mesure la bande passante réellement disponible pour chaque participant et choisit quoi envoyer grâce au simulcast (la caméra de l’émetteur est envoyée en plusieurs qualités à la fois, et le serveur transmet celle qui passe). Lors d’une démonstration publiée par l’équipe Jitsi en 2017, l’image est descendue de 720p à 360p quand la liaison a été bridée ; à 200 kbit/s, un débit décrit comme « juste suffisant pour l’audio », la vidéo s’est interrompue mais la voix a continué.

L’audio seul

Jitsi Meet propose aussi un mode audio seul, dans lequel l’infrastructure n’envoie que les flux audio des micros ouverts. L’équipe l’a introduit parce que des utilisateurs réclamaient un mode bas débit, notamment ceux dont la connexion est facturée au mégaoctet.

La voix consomme bien moins de données que l’image. Opus, le codec audio ouvert (le logiciel qui compresse le son) conçu pour les appels et la visioconférence, descend jusqu’à 6 kbit/s pour la parole en bande étroite. Pour bien des consultations de suivi, cela suffit : le Dr Ndiaye peut passer en revue les relevés de tension pris par Awa à la maison, ajuster une dose et expliquer la suite sans voir son visage en haute définition.

L’appel et le SMS

Quand les données mobiles disparaissent complètement, un simple appel téléphonique peut terminer la consultation, et un SMS peut transmettre le nouvel horaire ou un lien pour revenir dans la salle. Le SMS atteint même les téléphones basiques sans forfait internet.

Des pages légères complètent le dispositif. Les écrans de réservation et de salle d’attente doivent s’afficher vite sur un smartphone d’entrée de gamme, pour que le forfait du patient serve à la consultation, et non à charger des images.

Ce qu’une consultation vidéo doit laisser derrière elle

Une consultation à distance reste une consultation. Elle exige la même note écrite qu’un passage au cabinet du Plateau : le motif, ce qui a été observé ou rapporté, la décision, l’éventuelle ordonnance et le plan de suivi. Le guide de l’OMS demande des moyens de documenter et de retracer les échanges et les décisions prises en consultation, et l’intégration des données de télémédecine dans les dossiers de santé habituels.

Enregistrer la vidéo est une autre question, et ce n’est souvent pas nécessaire. Le même guide rappelle que tout enregistrement audio ou vidéo suppose d’informer le patient et d’obtenir son accord, avec un plan de stockage sécurisé et de contrôle des accès. Il demande aussi d’expliquer clairement au patient ce que le service permet et ne permet pas, un sujet développé dans notre article sur le consentement du patient.

Au Sénégal, les informations de santé sont des données personnelles sensibles au sens de la loi 2008-12 sur la protection des données personnelles, et les organismes qui les traitent doivent en principe déclarer ces traitements à la CDP, l’autorité nationale de protection des données. Un service de téléconsultation doit donc savoir où sont stockées ses notes et ses éventuels enregistrements, et qui peut les ouvrir.

Pour le lecteur technique

En FHIR R4, le standard international des données de santé présenté dans FHIR, simplement, la réservation est un Appointment (le rendez-vous) et la consultation elle-même un Encounter (la rencontre clinique). Une téléconsultation utilise la même ressource Encounter qu’une visite au cabinet, avec class égal à VR, que la terminologie HL7 définit comme une rencontre où le patient et le ou les praticiens ne se trouvent pas au même endroit physique.

Autour de cet Encounter :

  • Encounter.appointment renvoie au rendez-vous et Encounter.period enregistre le début et la fin de l’appel.
  • Des ressources Observation portent les mesures communiquées par Awa, reliées par Observation.encounter.
  • L’ordonnance est une MedicationRequest (la prescription de médicament) rattachée au même Encounter (voir l’ordonnance numérique).
  • Chaque SMS peut être une Communication, que R4 définit comme la trace d’un échange, même planifié ou échoué.

Là où la téléconsultation s’arrête

Le guide de l’OMS est net : la télémédecine entre patients et soignants doit « compléter, et non remplacer, la prestation des services de santé » (traduction libre), et c’est aux cliniciens de déterminer quels cas exigent encore une rencontre en personne. Il note aussi que l’échange à distance peut appauvrir les signaux non verbaux, ce qui pèse sur la confiance et sur la capacité du médecin à vérifier que le patient a bien compris.

Certaines situations n’ont pas leur place dans un appel. Un cardiologue ne peut pas ausculter un cœur à travers le haut-parleur d’un téléphone, ni examiner des chevilles gonflées sur une image figée. Dans le circuit de télésurveillance décrit par le guide, les situations qui demandent une prise en charge immédiate sont orientées vers une consultation en personne ou une ambulance, pas vers le prochain créneau vidéo.

À retenir Un bon service de téléconsultation sait quand couper la vidéo. Avant le premier appel, médecin et patient doivent convenir de ce qui se passe si la ligne coupe, et des symptômes qui signifient « venez au cabinet » ou « allez aux urgences ».

Une courte liste de contrôle pour les cabinets

  • Tester l’appel sur le téléphone et le réseau du patient avant la première téléconsultation.
  • Convenir d’un numéro de secours, et de qui rappelle qui si la ligne coupe.
  • Rédiger la note pendant l’appel ou juste après, dans le même dossier que les consultations au cabinet.
  • Envoyer l’ordonnance sous forme de document numérique, pas en photo d’une feuille papier.
  • Expliquer les limites de la téléconsultation et recueillir le consentement avant tout enregistrement.
  • Savoir où les données sont hébergées et vérifier que le traitement a été déclaré à la CDP.

Ce que fait Quralys

Quralys, une plateforme de santé construite nativement sur FHIR à Dakar, considère la vidéo comme une autre façon d’honorer le même rendez-vous. Sa téléconsultation repose sur Jitsi, avec des salles intégrées et signées pour chaque rendez-vous, une qualité adaptative, un repli en audio seul pour les réseaux faibles et le SMS quand les données coupent.

Chaque consultation, au cabinet ou en vidéo, produit le même Encounter FHIR, et l’ordonnance rédigée pendant l’appel est une MedicationRequest qui lui est rattachée. Quralys est en phase de prélancement : la première version est en cours de construction et un pilote avec trois à cinq médecins libéraux de Dakar est prévu. La page plateforme montre comment les pièces s’articulent.

Sources

  1. DataReportal : Digital 2026 Senegal
  2. Organisation mondiale de la santé : Consolidated telemedicine implementation guide (2022)
  3. W3C : Web Real-Time Communications (WebRTC) transforms the communications landscape (2021)
  4. Jitsi : dépôt jitsi-meet (licence Apache 2.0)
  5. Jitsi Handbook : Architecture
  6. IETF : RFC 8656, Traversal Using Relays around NAT (TURN)
  7. Blog Jitsi : Adaptivity (2017)
  8. Blog Jitsi : Audio Only Mode in Jitsi Meet (2017)
  9. IETF : RFC 6716, Definition of the Opus Audio Codec
  10. HL7 FHIR R4 : jeu de valeurs ActEncounterCode (VR, virtuel)
  11. HL7 FHIR R4 : ressource Communication
  12. DLA Piper : Data protection laws of the world, Sénégal
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Écrit par l’équipe Quralys

Quralys construit un écosystème de santé natif FHIR au Sénégal : un dossier que cliniques, pharmacies, laboratoires, assureurs et système national peuvent lire, avec l’accord du patient.

Le voir en pratique

Les médecins libéraux de Dakar peuvent rejoindre le pilote : réservation en ligne, consultations prépayées, ordonnances numériques et vidéo, gratuits pendant le pilote.