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Ordonnance numérique au Sénégal : de la feuille manuscrite à FHIR

L’ordonnance numérique au Sénégal expliquée simplement : ressources FHIR, QR code de vérification, codes ATC, et ce qui change pour patients et pharmacies.

Équipe Quralys7 min de lectureRead in English
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En bref

  • Une ordonnance numérique est un dossier structuré, pas une page scannée : la prescription du médecin (MedicationRequest) et la délivrance en pharmacie (MedicationDispense) sont reliées.
  • Un QR code permet au pharmacien de vérifier en quelques secondes qu’une ordonnance est authentique, toujours valide et pas encore délivrée.
  • La loi de 2023 sur le médicament et celle de 2008 sur les transactions électroniques encadrent déjà une bonne part du sujet, mais l’ordonnance électronique n’a pas encore de règles propres.

Awa sort du cabinet de cardiologie du Dr Moussa Ndiaye, au Plateau, avec une feuille pliée en quatre : trois médicaments, une posologie griffonnée à la hâte, un cachet et une signature. Dans une pharmacie de la Médina, le pharmacien la relit deux fois, appelle le cabinet pour confirmer une dose, puis remplace une marque par un générique équivalent. Un mois plus tard, la feuille a disparu, et plus personne ne sait exactement ce qu’Awa a pris.

Cet article explique ce qu’est une ordonnance numérique, comment un QR code permet d’en prouver l’authenticité, ce qu’elle change pour les patients, les médecins et les pharmacies, et ce que prévoit déjà le droit sénégalais. Les détails techniques sont regroupés dans une partie dédiée, en fin d’article.

Pourquoi l’ordonnance papier est fragile

Pour les médicaments qui ne se délivrent que sur prescription, la loi n° 2023-06 du 13 juin 2023 relative aux médicaments, aux autres produits de santé et à la pharmacie fixe les mentions obligatoires de l’ordonnance : nom et adresse du prescripteur, date, cachet et signature, sexe, âge et poids du patient, posologie. Son article 81 ajoute un mot exigeant : ces mentions doivent figurer lisiblement (texte intégral).

L’écriture n’est que la première faiblesse. L’Organisation mondiale de la Santé rappelle que les erreurs médicamenteuses naissent quand des systèmes défaillants ou des facteurs humains perturbent la prescription, la transcription, la dispensation, l’administration ou le suivi, et elle en chiffre le coût mondial à 42 milliards de dollars par an. Chaque fois qu’une ordonnance est recopiée à la main, dictée au téléphone ou ressaisie dans un logiciel, le risque d’erreur augmente d’autant.

Le papier se falsifie aussi sans grande difficulté. En juin 2026, la police de Thiès et de Tivaouane a démantelé un réseau qui utilisait des carnets d’ordonnances vierges subtilisés dans un hôpital, et le cachet d’un médecin parti depuis cinq ans, pour se procurer des psychotropes sous contrôle. L’alerte est venue d’un pharmacien, intrigué par un client qui revenait sans cesse avec ce type d’ordonnances. Avec le papier, cette vigilance reste le principal rempart.

Ce qu’est vraiment une ordonnance numérique

Une ordonnance numérique n’est pas la photo d’une ordonnance papier. C’est un dossier structuré où chaque élément (médicament, dose, durée, prescripteur, patient) occupe un champ étiqueté, si bien qu’un logiciel peut la lire sans rien deviner.

Dans FHIR, le standard international d’échange de données de santé (présenté dans FHIR, simplement), une prescription repose sur deux ressources liées, c’est-à-dire deux briques standard du format :

  • MedicationRequest correspond à la prescription du médecin. HL7, l’organisme qui publie FHIR, la définit comme une demande qui porte à la fois sur la fourniture du médicament et sur ses instructions d’administration (HL7). On y trouve le médicament, la posologie, le nombre de renouvellements autorisés et la durée de validité.
  • MedicationDispense enregistre ce que la pharmacie a réellement remis. Elle renvoie à la prescription qu’elle exécute et comporte un champ dédié qui indique si le pharmacien a substitué un autre produit (HL7).

Chaque médicament porte aussi un code international issu de la classification ATC (anatomique, thérapeutique et chimique), tenue par un centre collaborateur de l’OMS. Le code va du plus général au plus précis, sur cinq niveaux. L’association antipaludique artéméther-luméfantrine a ainsi pour code P01BF01 : antiparasitaires, puis antiprotozoaires, antipaludiques, associations à base d’artémisinine et, enfin, la substance elle-même. Notre article sur les codes de santé montre comment ATC s’articule avec la CIM-11 et LOINC.

Le patient garde évidemment un document lisible, imprimé ou en PDF sur son téléphone. Mais ce document n’est plus que l’affichage du dossier, et non le dossier lui-même.

Comment un QR code prouve qu’une ordonnance est authentique

La France offre un exemple concret. Avec l’ordonnance numérique, le logiciel du médecin enregistre la prescription et imprime un QR code qui contient son identifiant. Le pharmacien le scanne, retrouve la prescription dans son logiciel, délivre les médicaments puis enregistre la délivrance ; avec l’accord du patient, le médecin peut consulter ce qui a été délivré (brochure de l’Assurance Maladie). La dématérialisation y est obligatoire pour la plupart des ordonnances depuis le 31 décembre 2024.

Un QR code répond à trois questions qu’un pharmacien de la Médina ne peut pas trancher avec le seul papier :

  1. Cette ordonnance a-t-elle vraiment été rédigée par le Dr Ndiaye ?
  2. Est-elle encore valide, ou a-t-elle expiré, voire été annulée ?
  3. A-t-elle déjà été délivrée, en tout ou en partie ?

Deux approches sont possibles. Le QR code peut ne contenir qu’un identifiant, que la pharmacie consulte en ligne : c’est le choix français. Il peut aussi contenir l’ordonnance elle-même, signée : la spécification SMART Health Cards, par exemple, place des données FHIR dans un QR code signé par l’émetteur, que le vérificateur contrôle avec la clé publique de celui-ci. Comme une signature se vérifie avec une clé déjà téléchargée, l’authenticité peut être confirmée même quand la connexion coupe. Seule la troisième question, « déjà délivrée ? », exige le réseau.

À retenir L’ordonnance numérique est rédigée une seule fois par le médecin, vérifiée en quelques secondes par la pharmacie et complétée par un enregistrement de délivrance. Personne ne la ressaisit, et le patient en garde une copie lisible.

Ce qui change pour les patients, les médecins et les pharmacies

Pour Awa, l’ordonnance ne peut plus se perdre : elle reste sur son téléphone et dans son dossier. Si elle consulte un autre médecin, celui-ci peut voir ce qui lui a été prescrit et ce qu’elle a réellement reçu, à condition qu’Awa l’y autorise. Qui peut voir quoi, et comment cette autorisation est enregistrée : c’est l’objet d’un article consacré au consentement.

Pour le Dr Ndiaye, un modèle pré-rempli fait gagner du temps sur les traitements courants, et des médicaments codés permettent au logiciel de signaler un doublon ou une interaction connue. Fini les appels pour déchiffrer une posologie.

Pour la pharmacie, la loi décrit déjà une bonne partie de ce que fait un enregistrement de délivrance. L’article 29 de la loi 2023-06 autorise le pharmacien à substituer un médicament équivalent, sauf si le prescripteur a porté la mention « ne pas substituer » en regard du médicament. L’ordonnance numérique peut porter cette consigne dans un champ, et MedicationDispense garde la trace de la substitution. L’article 87 impose d’inscrire chaque délivrance de médicaments contenant des substances vénéneuses (ceux qui exigent une ordonnance) dans un registre, l’ordonnancier, conservé au moins dix ans, et admet expressément « tout autre système d’enregistrement » agréé par la structure chargée de la réglementation pharmaceutique.

Ce que prévoit déjà le droit sénégalais

Deux textes comptent. La loi n° 2008-08 sur les transactions électroniques admet la signature électronique « au même titre que la signature autographe » lorsqu’elle est créée par un dispositif sécurisé que le signataire garde sous son contrôle exclusif et qu’elle repose sur un certificat numérique (article 42).

La loi 2023-06, en revanche, ne prévoit pas de règles propres à l’ordonnance électronique. Elle exige le cachet et la signature du prescripteur (article 81), soumet le recours aux technologies de l’information en pharmacie aux principes éthiques et déontologiques de la profession (article 52), et prévoit que les outils de gestion informatisés de la pharmacie soient enregistrés et validés par la structure chargée de la réglementation pharmaceutique (article 54). Cette structure, c’est l’ARP (Agence sénégalaise de réglementation pharmaceutique), créée en 2022, que l’OMS a évaluée au niveau de maturité 3 pour les médicaments en 2024, une première pour un pays francophone d’Afrique.

Concrètement, une ordonnance numérique sérieuse doit aujourd’hui, au Sénégal, produire un document lisible et signé conforme à l’article 81, conserver une traçabilité des délivrances compatible avec l’article 87, et pouvoir être soumise à l’examen du régulateur.

Pour le lecteur technique

  • MedicationRequest : status (active, completed, cancelled…), intent positionné sur order, medication[x] sous forme de concept codé portant le code ATC et un code produit national, dosageInstruction, dispenseRequest.validityPeriod et numberOfRepeatsAllowed (renouvellements, hors première délivrance), requester (Practitioner), subject (Patient) et encounter.
  • MedicationDispense : authorizingPrescription, qui pointe vers la MedicationRequest, status, quantity, et substitution.wasSubstituted avec son motif.
  • ATC n’est pas un code produit. Il identifie la substance active, comme le montre l’entrée P01BF01. Marque, dosage et conditionnement exigent en complément une liste nationale des produits.
  • Vérification : consultation de l’identifiant via l’API FHIR, contenu signé (JWS compact, comme dans SMART Health Cards), ou les deux. L’accès des pharmacies doit se limiter à ce que le patient a autorisé et être journalisé, comme le détaille l’article sur le consentement.

Ce que fait Quralys

Quralys est en cours de construction et n’a pas encore été lancé. Dans le logiciel de cabinet prévu pour la première version, l’ordonnance est un modèle pré-rempli que le médecin ajuste puis signe ; le patient la reçoit sur son téléphone en PDF avec un QR code de vérification, et chaque ordonnance est enregistrée dès le premier jour sous forme de ressource FHIR MedicationRequest.

Le volet pharmacie, avec l’enregistrement des délivrances en MedicationDispense et la recherche d’une pharmacie proche qui a le médicament en stock, viendra dans un second temps, après un pilote avec trois à cinq médecins libéraux à Dakar. La page plateforme présente le parcours complet, côté patient comme côté médecin.

Sources

  1. Journal officiel du Sénégal n° 7642 : loi n° 2023-06 du 13 juin 2023 relative aux médicaments, aux autres produits de santé et à la pharmacie
  2. OMS, base de données sur la législation sanitaire : loi n° 2023-06 (texte intégral)
  3. OMS : Medication Without Harm, défi mondial pour la sécurité des patients
  4. Senego : Thiès-Tivaouane, un pharmacien vigilant fait tomber un réseau de faussaires (juin 2026)
  5. HL7 FHIR R4 : MedicationRequest
  6. HL7 FHIR R4 : MedicationDispense
  7. Centre collaborateur de l’OMS pour la méthodologie des statistiques pharmaceutiques : code ATC P01BF01
  8. Assurance Maladie (G_NIUS) : brochure sur l’ordonnance numérique
  9. Ordre national des pharmaciens : quand et comment s’impose l’ordonnance numérique
  10. SMART Health Cards : spécification du cadre
  11. OMPI, WIPO Lex : loi n° 2008-08 du 25 janvier 2008 sur les transactions électroniques
  12. OMS Afrique : la réglementation pharmaceutique du Sénégal atteint le niveau de maturité 3
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Écrit par l’équipe Quralys

Quralys construit un écosystème de santé natif FHIR au Sénégal : un dossier que cliniques, pharmacies, laboratoires, assureurs et système national peuvent lire, avec l’accord du patient.

Le voir en pratique

Les médecins libéraux de Dakar peuvent rejoindre le pilote : réservation en ligne, consultations prépayées, ordonnances numériques et vidéo, gratuits pendant le pilote.